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La victoire en chantant
Ils avancent en refrain portés par l'âge aveugle. Ils défilent en canon, rient, chantent, scandent, sifflent et meuglent L'automne sous leurs pas déroulent les tapis d'or Têtes nues et fronts haut, ils marchent d'un même corps.
Auréolés des blés, des lumières réglisses, Les yeux bruns, les yeux bleus éclairés de malices, S'égayent comme des moineaux dans un relais joyeux. Le monde s'offre à leurs pieds comme un terrain de jeu.
Liés d'une amitié sans pactes ni serments, Liés de bouts d'ficelle, de cabanes et de camps, Gars et filles d'un même rire plus frères que le sang Connivence sans mot, six couplets d'un même chant.
Ils vivent les défis, tue tête et bouches cousues, Partagent les aventures, tope là et mains tendues, Ils embrasent des feux qui tutoient les étoiles Ils avancent confiants au monde qui se dévoile.
Coude à coude, mot à mot, la vie bout et les presse, Se dessinent lentement en force et en sagesse, S'esquisse la beauté fine nourrie d'adolescence. On devine à les voir le seuil de l'enfance.
Ils avancent en canon. Ils avancent en refrain, Ramassent des brassées de feuillages carmins. Ils composent des bouquets de braises et de délices Construisant les souvenirs de dimanches complices.
Cartouche
le 13 octobre 2008
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Mêmes essences et même sève
Vos bras à mon cou s’accrochent. Rires et baisers
Papa Noël, sapin de fêtes de vos rimes décoré
Blottis, nichés, inaccessibles, loin des dangers.
Je suis l’arbre centenaire, le temps s’est arrêté.
Papa de chêne. Fortes branches aux chahuts et aux jeux
Point ne plie, point ne penche aux assauts aventureux
Cabane au bois, petite enfance, pour décrocher mes lèvres
Les mêmes bois, mêmes essences, la même sève.
Osier souple, Papa de saule, à vos souffles je danse
Je vous regarde et vous écoute, accueille les confidences
Fine peau du bouleau, portent mes veines :
Vos blessures, vos fièvres et vos peines
L’abri connu, je suis racines et je suis feuilles,
Parfum de mousse, eucalyptus, vert tilleul
Havre muet, j’échange vos peurs et ma paix
Bourgeons tendres, j’échange vos espoirs à mes souhaits
Rires et baisers, vos bras à mes branches accrochés
Sur le grain de mon écorce, sur ma chair sculptée
De votre amour je porte le plus précieux des présents
Qui se dessine au fil des jours : les cœurs gravés de mes enfants
©artouche
le 13 février 2007
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J’allais petit enfant
Des fleurs multicolores débordent des parterres.
J’allais petit enfant au jardin de Grand-père :
En remontant l’allée le long du potager,
Je flattais mes poumons d’arômes mélangés.
Des buissons odorants et des arbres fruitiers
Improvisaient des goûters aux jus chauds et sucrés
Le chemin se perdait au coin du vieil abri.
Sous un bosquet serré de noisetiers rabougris
Une grille s’ouvrait à nos imaginaires.
Quiconque la franchissait se livrait aux mystères.
Point de sentiers tracés dans l’étendue herbeuse,
Chaque course lancée devint aventureuse.
Effrayés des combats de mes jeux solitaires,
Des papillons zébrés s’envolaient en bouquets.
Avec mon petit frère, nous chassions les lions.
Ou délivrions ma sœur des pattes d’un dragon.
J’y nommais les oiseaux et observais leurs nids.
Je suivais les colonnes régulières des fourmis.
Au tronc du vieux pommier j’écorchais mes genoux
Revenais pour les repas avec le rouge aux joues.
Mon grand-père attendait au droit de la clôture
Ronchonnait bienveillant devant mes écorchures.
Au fond de ce jardin j’ai fait la découverte
De la graine précieuse de l’arbre des poètes.
©artouche
le 12 mai 2006
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Tu me manques parfois … toujours
J’ai oublié les souffrances, les douleurs endurées. J’ai oublié les nuits, près de toi à veiller. Oublié la faiblesse et ta pâleur de fée
Et ta main dans ma paume quand tu t’es retirée …
Tu me manques parfois … Toujours …
Je me souviens des tables que l’on dressait dehors, Des plats servis brûlants, des frères qui riaient fort. Je me souviens ta voix, quand tu nous relisais Pour la vingtième fois : « le moulin » de Daudet.
Je me souviens des mots que tu nous expliquais, Les gants qui tenaient chaud ! Les bonnets qui piquaient !
Les retours de l’école par les jours de tempête, Tu nous frottais le dos dans de grandes serviettes. Je me souviens aussi : les odeurs de Noël, Les cadeaux fabriqués avec des bouts d’ficelle.
Ma tête sur tes genoux, tes baisers dans mes cheveux, Et ton amour pour nous, l’envie qu’on soit heureux.
Tu nous manques, souvent … Toujours …
Quand je regarde le ciel, le matin, à l’aurore Les horizons se parent de rouge, de bleu et d’or, Les os percés de froid, parcouru d’un frisson, Je sens tes bras sur moi, tes lèvres sur mon front ;
Puis-je avoir le parfum ? (du fruit) Dont tu as la saveur … Tu nous aimes ! Souvent … Toujours…
©artouche
Le 25 avril 2005
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A peine quelques pierres au mitan du jardin Une porte verrouillée et son étrange toit Je pénétrais en douce, visiteur clandestin Dans l’antre de grand père quand il n’y était pas, Dans l’ambiance parfumée des feuilles de tomates Un établi usé sous un mur de boites.
Je venais là pour elles.
On en trouvait aussi dans ces armoires blondes Abandonnées des vies et des vêtements d’enfants, De ces boîtes fleuries qui racontent le monde Où cette dame vieillie faisait battre les sangs. Cent ans, mille ans peut-être dans une travailleuse A portée de mes mains et mon âme rêveuse.
Je découvrais ainsi les trésors des aïeux.
N’avez-vous ces souvenirs de tôles repliées ? Les bribes d’un hier dans des boîtes de thé, D’abord le voyage, un parcours sans valise, Pour Aix les calissons, pour Cambrai les bêtises Ou les gravures folles d’un autre quotidien, D’une pêcheuse de crevettes ou d’un chasseur alpin.
Je découvrais des spectres.
S’enivrer des effluves de parfums capturés, De menthes ou de vanille, un reste de tabac brun, S’échappent les essences d’enfance oubliées, Et les fantômes anciens à la sève de pin. Le couvercle se lève, les magies se rependent, Par ces petits objets se forment les légendes.
Je me parais alors de médailles dorées.
Par un reste de soie se créaient les princesses, La nacre des boutons, des olives de bois, Des pinces compliquées, des jetons de kermesse, De vieilles lames sans manches, la photo d’un soldat, Une médaille dorée fleurie de points de rouilles Les yeux d’une poupée qui me flanquaient la trouille.
Je mets dans des vers souvenirs bien rangés.
Je range dans ma mémoire tout ces objets bizarres, Je les mets dans les vers, les vers dans les carnets, Et je les cacherai dans le fond d’une armoire En espérant ainsi qu’ils puissent être trouvés Par une main habile entre les couvertures Pour pouvoir habiter de nouvelles aventures.
Se referment ainsi les boites de ferraille.
©artouche
le 13 Août 2007
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J’avais pris quatre pommes, chipé les allumettes, Les tablettes de chewing-gum, et une lampe-tempête, Un vieux couteau poli, un bonnet pour le froid, Pris un livre pour l'ennui et des crayons de bois,
Une mèche de ses cheveux, son mouchoir parfumé, Et un coussin moelleux, dans un sac bien serrés. J’ai traversé les couloirs et franchi les paliers, Tâtonné dans le noir , les pied nus et glacés.
J’allais franchir la porte, quand elle fut devant moi. Dans une émotion forte, elle me prit dans ses bras. Et je m’éblouissais des ses couleurs cuivrées. J’accueillais ses baisers et respirais sa peau.
Encore une aventure qui me ramène au lit. Et sous mes couvertures je me suis endormi.
Je partirai, pourtant, pour rejoindre la légende Avant d’avoir six ans, j’irai à « Neverland ».

©artouche
le 16 septembre 2005
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Pierre cueillie

J'ai cueilli dans la crue une pierre arrondie Ramassé dans le flot une pierre polie Sous le voile transparent d'une source, elle attendait Toute enchâssée d'étoiles dans un écrin de grès
Dans le creux de ma main, dans ma paume apaisée Je pris quelques secondes pour bien la soupeser Combien de jeux d'enfants dut-elle accompagner ? Combien de ronds dans l'eau, combien de ricochets ?
Descendre les torrents depuis des millénaires Glisser dans le courant pour rejoindre la mer Combien d'été aux rives, avant qu'on ne la renvoie ? Par une main agile ou un orage sournois
Le grain doux de son dos, son âme silencieuse, La caresse patinée des courses aventureuses Sa réponse à mon pouce choisit sa destinée Un compagnon intime capable de consoler
Un grand-père minéral, témoin de « l'avant moi » Pierre unique, caillou rond, au contact de soie Aux roulis de mes doigts, dans ma poche blottie Un galet immortel qui réchauffe ma vie
©artouche
Le 26 avril 2006
Pour Pierre mon "Papa" à l'occasion de la fête des pères
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Glissée d'un vieux violon
Elle est partie dans l’air, en note claire et tendre Elle jongle avec le vent et se laisse entendre Glissée d’un vieux violon ou tirée d’un pipeau Elle s’étire, elle danse et vibre dans un saut
Dans le ciel calme et lisse, elle n’est plus mais enchante Disparue dans l’éther, elle s’oublie ou nous hante Souvenirs des douceurs des voix qui passaient là Elle se tait sans remous et ne reviendra pas
Ils sont partis dans l’air, en notes claires et tendres Ils jonglent avec le vent et se laissent entendre Je coule sans retenue dans la mélancolie J’écoute la mélodie de ceux qui sont partis
©artouche
le 23 mars 2006
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